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Salué comme le messie après la parution de ses sanglantes Racines du Mal, Maurice G. DANTEC a pu apparaître, l’espace de quelques années, comme un auteur français trés prometteur, alliant l’efficacité d’une plume trempée dans la noirceur du polar à l’imagination malade d’un amateur de cyberpunk.
Hélas, roman après roman, DANTEC s’est mis à écrire de plus en plus long et de moins en moins clair...
Un pet au casque ?
DANTEC fait grosse impression en 1995 avec Les Racines du Mal, la traque d’un serial-killer par I.A. interposée. Le roman lui permet d’être accueilli comme le Messie du cyberpolar français. Hélas le phénomène DANTEC s’est rapidement noyé : des Babylon babies pas convaincants, une Villa Vortex illisible... et une série de dérapages verbeux effrayants.
Maurice G. DANTEC a passé son enfance à Ivry-sur-Seine. Ses parents étaient communistes, papa journaliste scientifique et maman couturière. Gamin, Maurice se voyait bien cosmonaute en jouant avec la poupée de Gagarine ramenée d’URSS par papa.
En 1971 il entre au lycée Romain-Rolland où un animateur socio-culturel l’initie à la littérature de science-fiction. Son nom : Jean-Bernard POUY [futur créateur du Poulpe].
Ado, DANTEC se la joue punk. Il zone de petits groupes en petits groupes. Il se lance dans des études de lettres en fac avant de collectionner les expériences professionnelles peu satisfaisantes dans la publicité ou le marketing téléphonique. Mais le soir, il retourne à ses vraies amours : la musique, avec son groupe Artefact, punk pour l’attitude contre-culture, techno pour le son.
Il crée en 1992 une société multimédia qui s’effondre immédiatement au déclenchement de la Guerre du Golfe. Au début des année 90, il commence à écrire [sur un vieil ordinateur pourri d’après la légende], et son premier roman, La Sirène rouge est un polar rouge vif que le Cafard vous conseille vivement.

Avec les Racines du mal, son deuxième roman, DANTEC est passé du côté science de la fiction, explosant la gentille S.-F. française avec une bonne décharge d’adrénaline. Le tout trempe toujours dans le roman noir, mais le lectorat SF s’approprie le bouquin.
L’été suivant, DANTEC signe le premier texte du feuilleton du Monde, à l’occasion des 50 bougies de la collection Série Noire. Cela s’appelle Là où tombent les Anges, un texte marqué par l’influence de William GIBSON . Maurice commence à se faire une petite renommée, on le voit à la TV., on projette l’adaptation cinéma de ses deux romans.
Retour vers la musique : en 1997, il se fait parolier pour le groupe français "No One Is Innocent" [rock hard réellement bruyant] puis forme un duo avec Richard PINHAS, guitariste-électronicien, fondateur du groupe HELDON [auquel collaborait Gilles DELEUZE et Norman SPINRAD]
Son troisième roman est sorti en mars 99 et s’intitule Babylon Babies.
1997 : année de rupture. DANTEC fait ses valises et s’installe à Montréal. Motif ? la vieille Europe est trop molle à son goût depuis qu’elle a prouvé son inexistence face au drame yougoslave.
Ces "états d’âme" nous vaudront en 2000 un ouvrage baptisé Le Théâtre des Opérations, un pavé de plus de 600 pages, sorte de carnet de bord des élucubrations de l’auteur sur l’ex-Yougoslavie, la mondialisation, Jésus Christ, etc.
On commence à craindre que DANTEC n’ait pété les plombs...

Villa Vortex, parait en mars 2003 chez Gallimard / La Noire et mêle le cyber-polar à la Racines du mal et les délires politico-métaphysiques façon Théâtre des opérations... ceci n’engage que nous, évidemment, mais autant le dire franchement : c’est illisible.
"L’Affaire" éclate début 2004 : sur le site internet de sympathisants d’extrême-droite, DANTEC tient des propos inquiétants sur la "dissociation de la France", et "l’Islamisation de l’Europe"... l’affaire fait grand bruit dans le landernaü littéraire français ! DANTEC a pété un boulon !
Tout cela vaut à DANTEC de se voir désavouer par beaucoup et de devoir changer d’éditeur. Mais, assumant ses nouvelles positions jusqu’au bout, DANTEC réaffirme à qui veut l’entendre, lunettes noires et cravate blanche, qu’il est "un écrivain combattant, chrétien, sioniste et pro-américain" [1] et que, de tous les candidats à la présidentielles de 2007, "seul Philippe De Villiers sauve l’honneur de la France" [2].
Cosmos Inc. et Grande Jonction sont parues en 2006. Le troisième tome du Théâtre des opérations, baptisé American Black Box, est publié par Albin Michel en janvier 2007. Nous, oà ce moment là, on avait décroché : un type que la réflexion mène à se faire baptiser et à refuser de voter, ça fout les jetons...
Aux dernières nouvelles, la rumeur voudrait que DANTEC soit redevenu plus lisible. Son Artefact, Machine à écrire 1.0 paru en 2007, assemblage de trois nouvelles, a même plutôt séduit...
A suivre... ?

Dernier DANTEC à paraître chez Albin Michel en attendant la fin du monde et le déménagement de l’auteur chez Plon, Comme le fantôme d’un jazzman dans la station Mir en déroute surprend par bien des aspects. Il est court. Il est drôle. Il est moins barré que les autres. Il est pas mal, même. Et d’ailleurs, c’est de la pure SF. Comme quoi.
Sergueï PLOTKINE prend conscience dans la gare d’arrivée du Terminal Aérospatial de Windsor, sur Terre. Il passe sans anicroche, les uns après les autres, les systèmes de contrôle hyper-perfectionnés. Normal, il est programmé pour cela : sa mémoire, son identité complète, le but de son voyage ne lui reviennent qu’après, pendant son transit en train magnétique vers Grande Jonction, en territoire autonome mohwak : il est un tueur. Il a un contrat à remplir.
Fans de DANTEC, revenez... Maurice semble avoir délaissé les délires significativement cataphoriques de non-textualité post-agencée façon "Villa Vortex" pour revenir à la quintessence du roman : une histoire, un début, un développement, une fin et même [soyons fous] une morale. Et on en trouvera encore pour râler après ça...
Au même moment que "Villa Vortex", quatrième roman de Maurice G. DANTEC, paraît chez Flammarion un recueil de textes qui éclaire la pensée d’un des auteurs français les plus fascinants, les plus dérangeants - et peut-être le plus dérangé ?
Avec les "Racines du Mal", DANTEC est vite devenu le messie français d’une littérature cyber-punk ambitieuse, aussi efficace et solide que ses équivalents américains. Mais, de roman en roman, le nihilisme politique et la ferveur métaphysique ont pris le pas sur l’intrigue, et, dans "Villa Vortex", DANTEC s’emmêle les neurones...
Ce troisième opus commence comme le premier ["La Sirène rouge", avec Toorop, le mercenaire, engagé cette fois aux côtés des Ouïgours contre la Chine] et s’achève comme le deuxième, "Les Racines du Mal", dans le chaos post-cyber.
Une plongée hallucinée dans les méandres de l’esprit humain, comme si un microscope très pointu pénétrait le cerveau de Darth Vador à la recherche du côté obscur de la Force. Sauf que ici Darth Vador est un rigolo [en plus d’être grotesque avec son asthme]. Car le Mal ici est vivant, bouillant, y-en-a une pleine marmitte qui pique les yeux et ça pue l’ammoniaque.
DOSSIERS :
> L'interview - Attention DANTEC ! [septembre 2005]
Mr.C