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Par Daylon
Évoquée à demi-mot dès la création de la maison d’édition « les moutons électriques », « Fiction » était énoncée comme exigeante et innovante dans ce microcosme incestueux qu’est l’Imaginaire francophone... Nous ne pouvions pas faire l’impasse sur sa sortie.
Deux cafards intrépides, de ceux qui ne rechignent pas devant le labeur, qui ne reculent pas devant l’aventure, et qui surtout en ont un peu marre des poufs de première de couverture peintes par deux mains gauches, s’attellent aujourd’hui à la lourde tâche de vous parler de « Fiction » [Hé oui, au Cafard, on n’est pas des rigolos]. [en rouge les répliques de Daylon, en vert, celles d’AK]
Plutôt joli. Une belle gueule, dans les habitudes de la maison. Un format pratique qui s’efface devant la maquette. Du papier Kraft. Noir et teintes orangées harmonieuses. Couverture vectorielle en forme de revival artistique à base d’à-plats.[quoi ?] [des à-plats, monsieur. Grandes formes géométriques simples, monochromatiques... Ah, c’est sûr, manger des vaisseaux spatiaux en plastique pendant vingt ans, ça n’aide pas beaucoup à la culture graphique...].
Et appropriée vu la thématique du dossier central. Bref, on est loin des mecs qui font des mags avec des poufs lascives en noirs...
Petit "mais", le nombre de coquilles est quand même désagréable. Il y en a encore plus que dans le recueil de David CALVO ! Et on passera sous silence un éditorial que nous aurions aimé plus sobre ; peut-être trop prétentieux au vu du classicisme de l’ensemble.
Autant dire qu’on ne pouvait commencer plus mal. L’auteur offre ici une histoire d’archéologue / linguiste ennuyeuse, mal écrite, mal racontée et atrocement banale. Les ficelles sont idiotes et sorties tout droit d’un soap - genre « tu veux pas être à ma place dans la vidéo pour pas que mon mari sache que je l’ai trompé ». Beurk. Du razzie pur jus. [oui mais non. J’aime bien cette histoire d’alter-sapiens. Et malgré un début laborieux, la fin reste sympa, sensible] [tu veux ton doudou ?]. On renverra notamment le lecteur à « Earthwind » de Robert HOLDSTOCK qui maniait bien mieux ces deux thématiques du peuple préhistorique et du décalage temporel [je ne cautionne pas cette phrase]. Une fois de plus, il faudrait quand même que nos amis éditeurs comprennent que leurs lecteurs n’aiment pas MCMULLEN [je ne connaissais pas... Et puis, ce n’est pas du KRESS, non plus].
Le niveau ne remonte guère derrière. Les short short françaises proposées sont assez médiocres. DEDIEU ne fait rire que lui et sa famille proche. Dommage, la démarche était intéressante. FUENTES est plutôt sympathique, avec une ambiance décalée plutôt bien campée, mais écrite à l’arrache et trop vite oubliée. Chez NIKOLAVITCH, on reconnaît l’ambiance de ses comics [pour ceux qui auraient lu par exemple « La dernière cigarette » ou le « french spawn »] Mais c’est le seul intérêt de cette nouvelle, celui de ravir ses fans, car le texte ne va nulle part. Là encore, dommage.
Enfin. Page 45, le lourd commence. Genre poids-lourd. Très beau texte sensible [tu veux vraiment ton doudou !] sur l’enfance, un peu comme chez KING [je ne cautionne pas ce parallèle]. Sans aucun artifice outrancier. Comme elle est courte, autant ne pas la déflorer davantage. [lire aussi « Memoranda » du même auteur chez J’ai lu]
Joli doublé de LE GUIN. Bien écrit. Sensible. Juste. Réflexion bien menée. Au cafard, on aime beaucoup LE GUIN. MAIS attention, c’est chiant à lire, surtout tard le soir. Faut juste le savoir. On est notamment loin de la fluidité du « Dit d’Aka ». La première nouvelle est une réflexion sur la rencontre entre deux civilisations [comme souvent chez cet auteur] vécue par une enfant. Le récit ethnologique est donc doublée d’un récit initiatique amer et touchant. Parabole sur les choix de vie, qui interroge notre propre rapport aux autres. Très beau.
La seconde est moins réussie, plus commune. Trop long [trop éparpillé, même], LE GUIN s’attarde sur la divinité, ses effets, et sa remise en cause suite à l’arrivée d’étrangers. Et sur sa futilité face à la suffisance du monde. [lire aussi « Le Dit d’Aka » prochainement au Livre de Poche] [lire aussi « Changing Planes » prochainement chez Ailleurs & Demain]
A noter que ces deux nouvelles sont suivies d’une préface de Margaret ATWOOD et d’un hommage d’Ellen KUSHNER à LE GUIN.
La meilleure du recueil avec celle de Terry BISSON. Une petite perle de fantasy. On est loin d’un quelconque merveilleux. Et tout proche des gens, des sentiments, de la réalité. KUSHNER a sa façon bien à elle de poser un univers cohérent, de camper des personnages crédibles, justes et touchants. Et de passer près de nous tel un souffle d’air rafraîchissant. Merci. [Et preuve que cette nouvelle est incontournable : J’ai aimé. Oui, de la fantasy]. [lire aussi « Thomas le Rimeur » chez Folio-SF]
Après c’est le copieux dossier sur Jules VERNE [Waouh l’audace ! Y a pas à dire c’est couillu...] Copieux, en bon comme en mal en fait. D’un coté, la matière proposée est surabondante, sans compter les illustrations. [on s’en tape un peu de Jules VERNE non ?] [encore une intervention et je te démonte boulon après rivet] [ça, c’est de la blague contextualisée]. Mais contre-coup, c’est dur de s’accrocher. Et quitte à en parler non-stop pendant un an, autant savoir de quoi on parle. Et pour le coup, Fiction parvient à remettre les choses à plat [Mais, je ne veux pas en parler pendant un an !!].
En complément du dossier, AGUILERA met en scène Jules VERNE embrigadé par Pierre TEILHARD DE CHARDIN dans une bien étrange aventure. Bien menée, bien rythmée. Une nouvelle réussie, mais pas essentielle, qui met face à face VERNE et les thèmes actuels de la science-fiction.
Ensuite le niveau baisse de nouveau. C’est presque triste à dire car on retrouve là encore des français... La nouvelle de REGNIER est une bouffonnerie façon Space Quest où un brave capitaine de cargo spatial doit gérer tant bien que mal les défaillances de ses caissons cryogéniques... De bons moments d’hilarité mais les meilleures blagues sont les plus courtes et là, c’est franchement trop long. L’ensemble reste sympathique et bien écrit, mais un scénario aussi prévisible aurait peut-être mérité quelques coupes. Quant à NAJMAN, euh... On dirait du M.J. HARRISON. En raté. Très jolies phrases, vraiment, mais incompréhensibles. Décevant, car la plume de NAJMAN est bien roulée. Et l’histoire ? Eh bien : - un groupe d’ET parcourt la galaxie, à la recherche de nouvelles résonances afin d’atteindre l’harmonie. - non : des démons sans cornes recherchent un placenta et se terrent dans les bas-fonds.
Comme mentionné plus haut, c’est clairement la meilleure de la revue, avec la nouvelle de KUSHNER. - Si vous avez lu du Terry BISSON, vous saurez à quoi vous attendre. C’est pro. Carré. Original. Ça fait mouche. - Comment en parler sans raconter l’histoire ? - Ne la racontons pas. - Voilà. - Ce serait dommage. - Lisez.
Deux articles concluent ce numéro de "Fiction". Le premier, difficile d’accès, s’intéresse au monde des graffitis. On comprend alors pourquoi la revue en est parsemée. Le second est un compte rendu des lectures récentes de son auteur. Très bon. C’est beaucoup plus intéressant et agréable à lire que les cahiers critiques pesants de certains confrères de "Fiction"...
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Malgré quelques égarements et coquilles malheureuses, c’est du bon gros taf. La construction de la revue séduit. Tout s’enchaîne, s’imbrique. Un article amène une nouvelle. Et vice-versa. Même les nouvelles se dotent de certaines micro-thématiques. Comme la première partie aux tonalités apocalyptiques, et la suite centrée sur l’enfance. Avec ce premier tome de "Fiction", un manque dans le paysage de la SF française est en train de se combler. Ici, on attend déjà la suite. |
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