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Par K2R2
Georges PANCHARD est né à Fribourg [Suisse] en 1955. Peu connu, cet ex-juriste s’est néanmoins fait remarquer dans le milieu de la SF grâce à la publication d’une petite dizaine de nouvelles [publiées entre 1981 et 2005]. "Forteresse", son premier roman, était initialement prévu chez ISF [Imaginaire Sans Frontière], mais la disparition prématurée de cet éditeur a retardé sa publication, pour finalement échoir entre les mains de Gérard KLEIN. Les lecteurs indécis, mais qui souhaiteraient néanmoins faire connaissance avec cet écrivain, peuvent aller consulter le numéro 34 de la revue Galaxies, au sommaire duquel figure une petite nouvelle intitulée "Comme une fumée". Les présentations étant faites, nous pouvons donc nous consacrer à la critique proprement dite de ce roman d’un peu moins de quatre cents pages et qui, une fois n’est pas coutume chez Ailleurs & Demain, n’a bénéficié d’aucune traduction [ben oui quoi, il pourrait écrire en suisse-allemand].
Au début du XXIème siècle, la géopolitique mondiale a totalement changé de visage, les Etats-Unis ont fini par céder irrémédiablement aux sirènes d’un néoconservatisme théocratique en fondant une Union des Etats Bibliques, tandis que l’Europe a connu une grave crise politique appelée « Correction », sorte d’idéologie extrémiste du bien-pensant combattant toute idée de nationalisme.
A l’issue de cette remédiation idéologique, l’Europe sombra rapidement dans la violence, en une guerre réactionnaire et fratricide. Cette instabilité fut l’occasion pour de puissantes multinationales d’asseoir davantage encore leur pouvoir économique, non sans quelques contreparties. Adrian Clayborne est le chef de la sécurité de Haviland Corporation, une des plus grandes compagnies de la planète et sa mission prioritaire consiste à protéger Brian Mannering, l’homme qui dirige ce puissant trust. Retranché dans sa forteresse high-tech de Castell One, le président de Haviland est probablement l’un des hommes les mieux protégés au monde, mais lorsqu’il apprend que l’Union des Etats Bibliques projette de supprimer Mannering et qu’un système offensif indétectable surnommé Ghost vient d’être dérobé dans un laboratoire suédois, Clayborne ne peut s’empêcher de faire un douloureux rapprochement. Désormais, il ne pourra plus se contenter de se retrancher dans la forteresse andalouse, mais devra passer à l’offensive pour tenter de court-circuiter le projet de l’UABS.
Inutile de vous cacher que l’intrigue de ce roman révèle une certaine complexité, la situation politique, économique et sociale imaginée par PANCHARD est loin d’être transparente et le lecteur devra patiemment reconstituer le contexte global au fil des pages. D’autant plus que la structure narrative est pour le moins déroutante, l’auteur ayant habilement entremêlé les différentes périodes de l’action ; le lecteur prendra donc bien garde de noter en début de chapitre la date à laquelle se déroule la scène ! Les personnages sont nombreux, les flashbacks réguliers et le contexte plus ou moins facile à appréhender, mais sans pour autant faire de "Forteresse" un roman difficile à lire. Le style de PANCHARD relève d’une sobriété efficace et bienvenue, inutile de cherchez les effets de style ou un quelconque lyrisme vous risqueriez d’être déçu. L’apparence un peu confuse de l’intrigue est en réalité parfaitement maîtrisée par l’auteur, un talent que les dernières pages du roman révèlent au grand jour.
Inutile de vous dire qu’après avoir terminé le dernier chapitre, vous vous empresserez de revenir au premier, histoire de vérifier que vous avez bien saisi le fin mot de cette histoire tant la chute du roman remet en question la lente construction intellectuelle entreprise dès les premières pages. Tout ceci est fort troublant et révèle qu’en matière de littérature comme dans la vie, les apparences sont parfois trompeuses.
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Pourtant, si formellement le roman est incontestablement une grande réussite, certains lecteurs pourraient néanmoins être perturbés par l’idéologie qui transparaît à travers le contexte socio-politique développé par George PANCHARD. Certes, il s’agit de science-fiction et chaque auteur est libre d’imaginer l’évolution politique et sociale de notre société à plus ou moins long terme, il n’en demeure pas moins que certaines projections ne sont pas sans mettre mal à l’aise. Mais tout ceci n’a finalement que peu d’importance car il s’agit d’une fiction et non d’un essai de géopolitique, et après tout, chacun est libre d’avoir ses opinions. |
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