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Par PAT
La cité d’Ambregris est ailleurs, un ailleurs bien réel dont « La Cité des Saints et des Fous » est à la fois le guide de voyage, le précis d’histoire, le dépliant touristique, et le recueil de légendes. Ambregris contient la poésie et l’horreur, des monstres et des calmars géants, des complots artistico-politiques, des conflits religieux. Ambregris se contient elle-même, et contient aussi son auteur et ses lecteurs.
Ambregris existe puisque Jeff VANDERMEER l’a inventé.
PRIX DU CAFARD COSMIQUE 2007 / VOIR ICI
Dans le placard un peu vieillot de la littérature contemporaine, quelques auteurs traînent au-dessus et prennent la poussière. D’autres sont plutôt dans les coins et explorent de nouveaux horizons en luttant contre les toiles d’araignée. Jeff VANDERMEER, lui, sort du placard et va boire un coup au café. C’est sombre, les placards, c’est souvent froid et on y fait peu de rencontres. Tout le contraire de « La cité des saints et des fous », qu’on inscrira d’entrée de jeu sur le tableau d’honneur des meilleurs textes de cette très médiatique rentrée littéraire 2006.
Au chevet d’une ville imaginaire crédible jusqu’à l’obsession [et donc tout sauf réaliste], on trouve les fantômes de BORGES, de LOVECRAFT, de KAFKA, de DICK et d’autres encore plus illustres [JOYCE, pour n’en citer qu’un]. Autant dire que « La cité des saints et des fous » sort immédiatement des sentiers battus et propose une relecture pour le moins radicale de ce qu’on appellera, à défaut d’autre chose, de la Fantasy.
Au sommaire de « La cité des saints et des fous » :
Patchwork d’histoires plus ou moins courtes qui mélangent styles, tons, teintes et observations, le texte ciselé par VANDERMEER est un roman au sens où son aspect physique consiste en plusieurs centaines de pages reliées entre elles et placées sous une couverture [belle, d’ailleurs, bravo Néjib Belhadj Kacem]. La comparaison s’arrête là, car si « La cité des saints et des fous » est d’une rare précision [et d’une rare beauté, soyons fous], organisée comme un mécanisme d’horlogerie, son côté formel à tendance à déstabiliser.
Dans le désordre et en vrac, on y trouve l’histoire d’un amoureux fou [ou d’un fou amoureux, ce qui revient au même] qui va tout sacrifier pour conquérir une femme qu’il n’a fait qu’apercevoir à une fenêtre ; une ou deux nouvelles d’horreur pure [très lovecraftiennes] ; un précis historique drôlement sérieux et sérieusement drôle sur l’histoire de la ville ; un essai cryptozoologistes [à mourir de rire] sur les us et coutumes des calmars royaux ; un rapport médical qui met en scène X, un écrivain qui se perd dans la ville qu’il a créé [tout comme le personnage de PRIEST se perd dans son imagination malade dans « La fontaine pétrifiante »], écrivain baptisé Jeff VANDERMEER et dont le roman s’appelle « La Cité des Saints et des Fous » ; on trouve aussi de la poésie, des illustrations, un glossaire et bien d’autres choses qui font de ce livre un tout certes cohérent, mais évidemment inexplicable et certainement pas résumable.
Seul fil conducteur fondamental, la tentaculaire ville d’Ambregris, sur les bords du fleuve Moss, fondée par des pêcheurs-guerriers qui ont décimé les champigniens, autochtones en forme de champignon qui se vengeront plus tard de belle manière.
Cette cité-monde labyrinthique et insaisissable hante plus qu’elle n’habite le lecteur. A l’instar de Londres ou de Gormenghast, personnages centraux de « Mother London » et de « Titus d’Enfer », Ambregris fédère les textes, les rassemble et se dévoile peu à peu sous un jour pathétique, terrifiant, hilarant ou malade.
Un kaléidoscope d’émotions, de couleurs et de textures qui menace de perdre ses lecteurs en route, mais qui s’en garde bien en ne tombant jamais dans la vacuité, la gratuité ou encore l’absurdité trop... absurde. Ici, tout est clair et nécessaire. Des bribes de réalité apparaissent çà et là. On rit très fort et on tremble tout aussi fort à la page suivante.
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La vrai question, c’est "comment" ? Comment Jeff VANDERMEER a-t-il réussi à pondre un truc pareil sans jamais lasser son public ? Comment réussi-t-il à rendre digeste et passionnant un machin indescriptible et effrayant ? Le talent, peut-être ? Ah oui, d’accord, le talent. |
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